« Je ne sais pas pourquoi je suis angoissée » : quand le corps reste en alerte
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Hier, j'ai reçu une cliente que j'appellerai Magali — ce n'est évidemment pas son vrai prénom.
À peine lui avais-je posé la question que je pose habituellement avant chaque séance :
« Pourquoi êtes-vous ici aujourd'hui ? »
Sa voix s'est mise à trembler. Elle m'a expliqué qu'elle se sentait angoissée et qu'elle dormait très mal depuis une quinzaine de jours. Puis elle a ajouté cette phrase qui m'a interpellé :
« Pourtant, je ne vois vraiment pas ce qui pourrait expliquer ça. »
Elle ne parvenait à identifier aucun événement particulier, aucun problème précis ni aucune raison évidente à cette anxiété. Et pourtant, le ressenti était bien là. Son sommeil s'était dégradé, et son corps semblait incapable de retrouver le calme.
Cette rencontre m'a ramené à une interrogation qui me passionne depuis plusieurs années : et si notre corps pouvait se placer en état d'alerte sans que notre mental n'en détienne la clé ?
Quand la tête cherche une explication que le corps a déjà intégrée
Nous avons un besoin naturel de comprendre. Dès que l'anxiété surgit, notre mental cherche immédiatement une cause :
« Qu'est-ce qui m'arrive ? »
« Pourquoi est-ce que je me sens comme ça ? »
« Qu'est-ce qui a changé ? »
Parfois, l'explication est sous nos yeux : un défi professionnel, une difficulté personnelle, une mauvaise nouvelle ou une période surchargée.
Mais parfois, rien ne semble justifier cet état. C'est précisément là que l'observation du fonctionnement corporel devient éclairante.
Notre organisme filtre en permanence une quantité massive d'informations issues de notre environnement, mais aussi de notre milieu intérieur : rythme cardiaque, amplitude respiratoire, tensions musculaires, niveau d'énergie… Une grande partie de ce traitement s'effectue hors de notre conscience.
Notre système nerveux régule en arrière-plan notre niveau de vigilance. Bien souvent, ce que nous ressentons dans notre corps se manifeste bien avant que nous ayons pu y mettre des mots.
Quand le corps continue de dire « attention »
C'est ce constat qui m'a amené à approfondir le fonctionnement du système nerveux autonome.
Au fil des accompagnements au studio, je rencontre des personnes aux motifs de consultation très variés :
une sensation d'angoisse diffuse ;
un sommeil perturbé ou non récupérateur ;
des tensions tenaces dans le dos ou les épaules ;
une fatigue chronique ;
ou tout simplement le besoin de faire une pause.
Chaque situation a ses particularités et il serait réducteur de tout attribuer au seul système nerveux. Cependant, un fil conducteur revient souvent : beaucoup de personnes éprouvent une vraie difficulté physique à « redescendre », même lorsqu'elles savent rationnellement qu'elles sont en sécurité et qu'elles peuvent se détendre.
Leur corps, lui, continue de fonctionner sur un mode de garde.
La piste de la théorie polyvagale
Pour mieux appréhender ces mécanismes, je me suis intéressé aux travaux du chercheur américain Stephen Porges sur la théorie polyvagale. Ce modèle propose une grille de lecture pertinente des liens entre notre système nerveux autonome, notre sentiment de sécurité et nos réponses physiologiques.
Une notion clé retient particulièrement l'attention : la neuroception. Elle désigne la capacité de notre organisme à évaluer les signaux de sécurité ou de menace dans notre environnement sans passer par une réflexion consciente.
Le constat est simple : nous ne réagissons pas uniquement à ce que nous pensons, mais aussi à ce que notre organisme perçoit.
Une nuance essentielle : La théorie polyvagale reste un modèle scientifique discuté et certains de ses concepts font encore l'objet de débats. Elle ne constitue pas une explication universelle de l'anxiété, de l'insomnie ou des douleurs. Il s'agit d'une grille de lecture éclairante, et non d'une vérité absolue.
Et si le sujet était notre difficulté à décélérer ?
Revenons à Magali. J'ignore ce qui provoquait son anxiété, et ce n'est d'ailleurs pas l'objet d'une séance de Shiatsu de poser un diagnostic.
En revanche, son témoignage illustre un cercle vicieux fréquent :
Une période de stress modifie la qualité du sommeil.
Un sommeil dégradé altère la gestion des émotions le lendemain.
Les tensions musculaires s'accumulent.
Le corps devient hyper-vigilant envers ses propres sensations.
Cela ne signifie pas que tout est « psychologique », ni que tout est purement mécanique. Le corps et l'esprit ne fonctionnent pas en vases clos : ils dialoguent en continu.
Que pouvons-nous faire à notre échelle ?
Il n'existe pas de solution miracle. Néanmoins, lorsque l'on constate que l'organisme reste bloqué sur le surrégime, on peut commencer par lui offrir des opportunités simples de régulation :
Ralentir le rythme quelques minutes dans la journée ;
Allonger l'expiration pour envoyer un signal de calme au nerf vague ;
Marcher et mobiliser le corps doucement et régulièrement ;
Réduire les sollicitations sensorielles et ménager des temps sans écran ;
Observer ses sensations sans chercher à les analyser immédiatement.
L'objectif n'est pas de tout contrôler, mais de réapprendre à écouter. Et parfois, cette écoute permet aussi de reconnaître quand on a besoin d'un soutien extérieur. Une anxiété persistante ou invalidante doit toujours faire l'objet d'un échange avec un professionnel de santé.
Commencer par une simple observation
Après le départ de Magali, une question m'est venue : et si nous cherchions parfois trop vite la cause de nos maux, alors que la première étape consistait simplement à accueillir ce qui est là ?
Prenez un instant aujourd'hui pour vous poser ces questions :
Comment est ma respiration en ce moment ?
Mon corps est-il détendu ou contracté ?
Mon sommeil me permet-il de me sentir réellement ressourcé ?
Mon corps arrive-t-il encore à retrouver facilement le calme ?
C'est un cheminement que j'explore moi-même au quotidien. C'est aussi ce qui rend le travail avec le corps aussi passionnant : il a encore beaucoup à nous apprendre.
Et vous ?
Vous est-il déjà arrivé de ressentir cette anxiété ou cette tension corporelle sans parvenir à en identifier l'origine ? N'hésitez pas à partager votre expérience en commentaire ou en répondant directement à cette newsletter. Je vous lirai avec attention.
Alassane
Équilibre & Santé by Allzen
Cet article est proposé à titre informatif. Il ne remplace en aucun cas un avis, un diagnostic ou un suivi médical.
